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LES GRANDS CLASSIQUES

MALPERTUIS


Auteur: JEAN RAY
Éditions: Marabout (1971)

Il est des livres qui vous marquent. De ceux pour lesquels on raisonne en termes d'Avant et d'Après. Malpertuis est de ceux là.

Autant le dire tout de suite : je considère cet ouvrage comme un chef d'œuvre. Chef d'œuvre du fantastique voire de la littérature tout court.

Pourtant c'est un livre difficile, me semble-t-il. Difficile de par sa structure, la multiplicité des narrateurs et aussi et surtout à cause de cette habitude qu'a Jean RAY de ne jamais lever complètement le voile du mystère. Car il faut bien reconnaître qu'une fois l'ouvrage terminé, la sombre demeure de Malpertuis n'a pas livré tous ses secrets.

De quoi s'agit il ? Livrons-nous donc au périlleux exercice du résumé. Mais prenons garde de ne pas trop révéler les charmes venimeux du livre.

L'oncle Cassave va mourir. Toute sa famille est réunie à son chevet, dans sa demeure de Malpertuis pour prendre connaissance de ses dernières volontés. Car l'oncle Cassave, inépuisable voyageur, est riche pense-t-on... Immensément riche. Autour de son chevet, se succèdent Jean-Jacques Grandsire, sa cousine Euryale (transfuge d'une aventure mémorable de Harry Dickson), le cousin Philarète, la tante Sylvie, l'oncle Dideloo, le docteur Sambucque, Nancy, Lampernisse, les sœurs Cormélon, etc... Ils apprendront tous que l'oncle mourant désire que chacun d'entre eux s'installent définitivement à Malpertuis. Aux deux derniers survivants reviendra sa fortune.

Chaque personnage a son rôle à jouer dans le drame que, de longue date, l'oncle Cassave a ourdi, tel un marionnettiste fou, un démiurge dément.

Peu à peu, l'horreur va s'installer. D'abord diffuse, elle va gagner en réalité pour culminer lors d'une Chandeleur diabolique. Tout commence par des lumières qui s'éteignent mystérieusement, puis par une étrange capture dans le grenier de Malpertuis. Peu à peu la folie va s'installer jusqu'à la révélation finale laissant le lecteur haletant et pantelant. Heureux.

Une fois le livre refermé, la lecture terminée, il reste au lecteur des images fortes, destinées à le hanter pendant longtemps. Et des incertitudes. Qui sont vraiment les personnages qui peuplent les pages du livre ? Quel rôle joue réellement l'abbé Doucedame qui traverse le récit telle une figure tutélaire ? Qu'il est bon, au final, de ne pas posséder toutes les réponses à ces questions lancinantes !

Laissez vous aller. Eteignez les lumières. Ne laissez poindre que la timide clarté d'une lampe de chevet. Glissez vous entre vos couvertures tièdes. Ouvrez le livre et commencez à lire. Vous y êtes ? Bien. Attendez, attendez ! ! ! Etes-vous sûr d'avoir fermé votre porte ? Et avez vous bien regardé sous votre lit ? On ne sait jamais...

Un petit conseil avant de vous laisser. Evitez l'édition « J'ai lu » de MALPERTUIS. Le résumé en dit beaucoup trop. Préférez l'édition Marabout. Vous y gagnerez une postface de Henri VERNES qui fut l'artisan de la redécouverte de Jean RAY en Belgique et en France et qui témoigne de façon poignante, l'admiration et l'estime sincère que porte le père de BOB MORANE à l'œuvre et à la personne du géniteur de HARRY DICKSON. (Note de l'éditeur: Notez bien que l'édition Marabout ou J'ai Lu ne sont plus disponibles en librairies. Il vous faudra donc fouiller chez les bouquinistes mais cela vaut le coût...)

Thierry Araud

P.S.: Mon copain Thierry a accepté bien généreusement de me donner un coup de main afin de rédiger des critiques de livres. Il s'agit ici de sa première mais non de sa dernière Chronique sur notre Site. Je tiens à le remercier et j'espère que tout comme moi, vous apprécierez à sa juste valeur son talent.

Johnny Hart