Dossier Jules Verne


HENRI VERNES :
A PROPOS DE JULES VERNE…

Je viens de trouver une copie du Journal Tintin du 7 février 1978. Ce numéro contient un Spécial afin de commémorer le 150e Anniversaire de Jules Verne. Et Surprise !
À l'intérieur, une entrevue de Henri Vernes sur Jules Verne.

Je la reproduis ici en version intégrale. Cette entrevue a été réalisée par Yves Duval.

Henri Vernes est assurément le romancier contemporain le plus connu des jeunes… le plus publié et le plus lu également. Le « père » de Bob Morane - près de 150 titres différents - a accepté de répondre à nos questions à propos du grand romancier français Jules Verne. Qu'il en soit remercié !

Tintin : Y a-t-il une relation entre Jules Verne et votre nom ?

Henri Vernes : Non… Absolument aucune relation ! Quand j'ai choisi ce pseudonyme au début de ma carrière littéraire, j'avais d'ailleurs décidé d'écrire « Vernès », avec un accent grave. Mais vous le savez sans doute, en imprimerie, les lettres majuscules - les capitales, dit-on - ne portent pas leur accent. Ainsi, dès les premiers Morane, le public lut Vernes et les prononça comme Jules Verne… et non Vernès… Ce n'était vraiment pas grave et je n'en fis pas une maladie. J'abandonnai cet accent qui donnait tant de mal aux imprimeurs. Vox populi !… Le seul qui fut victime dans cette affaire fut peut-être le grand Jules Verne. En effet, à plusieurs reprises, des professeurs me signalèrent que des élèves écrivaient maintenant le nom du romancier français avec un « s » !

Tintin : Jules Verne tint-il une grande place dans vos lectures de jeunesse ?

Henri Vernes : À vrai dire, je dois répondre par la négative… Certes, j'ai lu des romans de Jules Verne. Mais le côté scientifique ne m'a jamais beaucoup ému et cet auteur ne m'a pas marqué avec autant de force que d'autres…

Tintin : Quelques noms ?

Henri Vernes : Je lisais énormément de romans d'aventures. Et vers 9 ans, déjà, je dévorais « LES TROIS MOUSQUETAIRES » de Dumas père. D'autres écrivains qui m'ont séduit ? Il y a Louis Boussenard avec son « TOUR DU MONDE D'UN GAMIN DE PARIS »… Jean De La HireJean Ray et ses histoires d'Harry DicksonRudyard Kipling et « LE LIVRE DE LA JUNGLE »… Voilà plutôt les histoires ou les genres qui hantèrent ma jeunesse.

Tintin : Pour revenir à Jules Verne, s'il vous fallait relire un de ses romans, lequel choisiriez-vous ?

Henri Vernes : J'ai aimé « VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE »… mais je choisirais peut-être un livre moins connu, mais excellent : « LES INDES NOIRES ».

Tintin : À votre avis, la jeunesse de 1978 est-elle encore séduite par Jules Verne et son oeuvre ?

Henri Vernes : Je crois que le problème n'est plus à la séduction ! Aujourd'hui, l'oeuvre de ce romancier est devenue classique. Lire Verne fait partie de la culture générale. On lira « MICHEL STROGOFF » comme on doit avoir lu « LA CHARTREUSE DE PARME » de Stendhal

Tintin : Y a-t-il une ressemblance entre Bob Morane et un des personnages de Jules Verne ?

Henri Vernes : Je ne le pense pas. Morane est trop de son temps… Et puis, c'est un personnage qui revient de roman en roman, tandis que chez Verne, les héros ne réapparaissent pour ainsi dire jamais dans un autre livre.

Tintin : Et entre les romans signés Verne et ceux signés Vernes ?

Henri Vernes : La similitude se retrouve certainement dans le fait que nous faisons voyager nos héros. Par là, nos lecteurs. Nous les transportons d'un continent à un autre. Avec, je le pense, une plus grande facilité dans le domaine de l'invention pour Jules Verne, car à l'époque où il écrivait, notre planète n'était pas encore totalement explorée, d'où la possibilité d'y introduire de l' « inconnu »… Ce qui devient très difficile pour Bob Morane, reconnaissez-le. Par contre, mon héros, en 1978, peut se déplacer d'un point à un autre avec plus de facilité que les personnages du siècle dernier.
Le tour du monde en 80 jours serait pour Bob Morane de très grandes vacances !

Tintin : Bob Morane a-t-il déjà été dans tous les coins de notre Terre ?

Henri Vernes : Dans toutes les régions, certainement… Mais je me suis aperçu récemment qu'il n'avait jamais été en Union Soviétique, côté Europe… De toute manière, pour moi, l'action est déterminante et le pays où se déroulera l'action est plutôt un décor, une mise en valeur de l'aventure.

Tintin : Et pour vous, des projets de voyage ?

Henri Vernes : J'en ai toujours eu… J'en aurai toujours… Voilà peut-être encore un point commun avec Jules Verne !

Retranscription : Johnny Hart
29 décembre 1999



Johnny Hart

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