Dossier Sherlock Holmes


Enquête sur LE CHIEN DES BASKERVILLE

Éditions: Robert Laffont
Collection: Livre de Poche (1970)

Si vous glissez les mots '' Conan Doyle '' dans une conversation, il y a de fortes probabilités pour qu'on vous dévisage avec un point d'interrogation. Mais si vous prononcez les mots '' Sherlock Holmes '', il est certain que votre entourage hochera la tête et les gens donneront leur opinion au sujet de ce fameux personnage littéraire. Et il y a même de fortes probabilités pour qu'on mentionne le roman ou le film, LE CHIEN DES BASKERVILLE.

Pourquoi ce roman en particulier ? À cause de son titre ? Ou bien, peut-être est-ce que c'est avec ÉTUDE EN ROUGE, LE SIGNE DES QUATRE et LA VALLÉE DE LA PEUR, un des quatre romans sur le détective de Baker Street. En effet, le reste du ''canon '' se compose de recueils de nouvelles.

Ou bien est-ce le fantôme du fameux chien qui continue à fasciner les gens cent ans après sa publication originale ? Il est certain que si on le lit dans le contexte actuel, l'intrigue et le dénouement peuvent sembler puérils et le tout un peu vieillot ! Mais si on se remet dans le contexte de l'époque, LE CHIEN DES BASKERVILLE prend une toute nouvelle dimension.

Il est à noter que Sir Arthur Conan Doyle situe l'action de ce roman avant le présumé décès de Holmes. En effet, il avait décidé d'éliminer ce personnage qui prenait trop de place dans sa vie et dans sa carrière littéraire. Mais sous l'instance du public, de ses éditeurs et surtout les supplications de sa mère, Doyle décide tout d'abord de nous livrer une nouvelle aventure du fameux détective se déroulant avant sa mort. Il n'a pas encore lâché prise mais il succombera à l'offre alléchante d'un éditeur américain un peu plus tard et on assistera à la résurrection de Holmes au grand plaisir de tous ses nombreux admirateurs.

Mais revenons au CHIEN DES BASKERVILLE. Plusieurs connaissent la trame de ce roman soit gràce à la lecture du roman, soit par l'entremise d'une adaptation en BD ou au cinéma. Basil Rathbone incarnera pour la première fois le grand détective dans la version cinématographique du roman et pour plusieurs, il délimitera à jamais les défauts et les qualités ainsi que les petites manies du personnage. Sans parler de la pipe, de l'accoutrement vestimentaire ou du fameux:
'' Élémentaire, mon cher Watson !!! '', phrase maintenant classique mais qui ne se retrouve dans aucun des romans ou nouvelles qui composent le '' canon '' holmésien.

Cette enquête peut se résumer en quelques phrases. Le dernier descendant de la fameuse famille des Baskerville décide de revenir vivre dans le manoir de ses ancêtres malgré le fait qu'une malédiction pèse sur sa tête. En effet, la légende veut qu'un énorme chien noir aux yeux de feu, issu de l'Enfer lui-même hante la lande qui entoure le manoir afin de mettre fin à la vie des descendants de l'infâme Hugo Baskerville qui, par ses agissements cruels a attiré sur lui et ses descendants cette terrible malédiction.

Sir Henry Baskerville arrive donc des États-Unis afin de prendre possession du manoir et des biens légués par son oncle qui a connu une mort horrible et qu'on attribue au chien et à la fameuse malédiction. Le docteur James Mortimer, ami de la famille décide de consulter Sherlock Holmes afin que celui-ci offre sa protection au jeune homme et peut-être apporter une solution définitive à la légende.

Et pour la première fois, Doyle reléguera Holmes au second plan (des résidus de son antagonisme avec son encombrant personnage ???) et mettra en vedette le docteur Watson qui se voit chargé par Holmes d'accompagner le jeune Baskerville, de veiller sur lui et d'enquêter sur les gens qui habitent les environs. C'est donc par la correspondance et le journal de Watson que nous assistons à cette aventure.

Holmes n'interviendra qu'à la toute fin dans un dénouement dont on se doutait déjà et qui peut nous laisser sur notre faim.

Alors pourquoi LE CHIEN DES BASKERVILLE est-il considéré comme un Classique du roman policier ? Il faut pousser notre analyse et étudier les différentes ramifications et les méthodes employés par Doyle afin de nous amener à croire à la malédiction.

Il y a tout d'abord l'anecdote au sujet de la terrible soirée et de la fin tragique, il faut bien le dire de l'infâme Hugo Baskerville. Doyle nous met déjà dans l'ambiance de cette lande mystérieuse, brumeuse et où le danger peut se dissimuler à maints endroits. La légende de la malédiction des Baskerville frappe notre imagination et ne peut que satisfaire l'amateur de fantastique qui sommeille en chacun de nous.

Ensuite, et c'est un thème qui est encore exploré mais rarement de nos jours, Doyle mêle le fantastique avec une enquête policière. Nouveauté pour l'écrivain qui demeure toujours assez pragmatique. A-t-il eu l'idée d'imiter à sa façon la fameuse nouvelle de Edgar Allan Poe, L'ASSASSINAT DE LA RUE MORGUE qui combinait également ces deux éléments littéraires ?

Peut-être mais dans les premières éditions de cette aventure, Doyle remerciait son grand ami, Fletcher Robinson qui, lors d'un partie de golf mentionna à l'écrivain différentes légendes qui courraient sur la lande de Dartmoor dont une plus précisément sur un chien fantôme.

Lorsque Doyle se décidera à écrire cette histoire, il ne pensera même pas à impliquer Holmes puis il changera d'avis... Pourquoi créer un nouveau personnage alors qu'il en a déjà un sous la main ???

Ce mélange de fantastique et de policier influencera de nombreux écrivains et surtout l'écrivain belge Jean Ray qui en fera son cheval de bataille lorsqu'il crééra lui aussi des aventures pastiches de Sherlock Holmes via son détective Harry Dickson. Aventures qui sont considérées égales ou même supérieures à celle de Doyle selon certains. Mais un pastiche demeurera toujours un pastiche...

Et maintenant si on prenait la peine d'étudier le roman à la loupe et tenter d'y découvrir des petits détails intéressants.

Prenons par exemple, cette phrase de Holmes que je retrouve à la page 9 de mon exemplaire:

" En vérité, Watson, vous vous surpassez ! s'exclama Holmes en repoussant sa chaise et en allumant une cigarette. Je suis obligé de dire que dans tous les récits que vous avez bien voulu consacrer à mes modestes exploits, vous avez constamment sous-estimé vos propres capacités. Vous n'êtes peut-être pas une lumière par vous-même, mais vous êtes un conducteur de lumière. Mon cher ami, je vous dois beaucoup ! "

Puis à la page 73, alors que sir Henry Baskerville demande la protection de Holmes, celui-ci lui rétorque:

" Sir Henry, il faut que vous preniez avec vous un homme de confiance qui resterait constamment auprès de vous... Si mon ami (Watson) voulait accepter, je ne connais pas de plus sûr compagnon dans une passe difficile. Personne plus que moi ne peut témoigner pour lui... "

Et à la page 189 alors que Holmes révèle sa présence au docteur:

" Mon cher ami, vous avez été pour moi un auxiliaire innappréciable dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres et je vous prie de me pardonner si j'ai paru vous jouer un tour. "

Pourquoi est-ce si important de mentionner l'amitié entre les deux hommes ou la confiance que porte Holmes à Watson ? La raison en est simple. C'est que le cinéma nous donnera un image complètement difformée du compagnon de Sherlock Holmes. En effet, alors que Basil Rathbone incarnera avec justesse le détective de Baker Street, ce sera Nigel Bruce qui incarnera Watson à ses côtés lors de nombreuses productions. Malheureusement, si on fait exception des deux premiers films de cette série produite par la Fox, soit LE CHIEN DES BASKERVILLE et LES AVENTURES DE SHERLOCK HOLMES (ces deux films sont considérés comme des Classiques et méritent de figurer dans votre collection...), on demandera à Nigel Bruce et aux scénaristes de transformer le cher docteur en un boufffon assez pathétique malheureusement. Nigel Bruce regrettera cette décision toute sa vie mais le mal sera fait.

Ce n'est que tout récemment avec la fameuse série britannique mettant en vedette Jeremy Brett dans le rôle de Holmes que Watson (interprété par Edward Hardwicke) retrouvera ses lettres de noblesse. Il est donc important ici de souligner la véritable relation qui existait entre Holmes et Watson et qui est si bien mise en évidence dans ce roman.

On retrouve également à la page 9, la phrase célèbre: '' Curieux mais élémentaire '' que Rathbone modifiera en '' Élémentaire, mon cher Watson ! .. et dont on attribuera le parrainage à Doyle ce qui est faux. Jamais cette phrase ne sera prononcé par Holmes dans le
'' canon '' mais cette phrase est certainement celle qu'on attribue le plus au grand détective lorsqu'on parle de lui.

Puis à la page 16, nous pouvons assister à une petite pointe d'orgueil de Holmes lorsque le Docteur Mortimer mentionne que

" Je suis venu chez vous, monsieur Holmes, parce que je sais que je n'ai rien d'un homme pratique et que je me trouve tout à coup aux prises avec un problème grave, peu banal. Vous connaissant comme le deuxième plus grand expert européen...

- Vraiment, monsieur ? susurra Holmes nons sans une certaine âpreté. Puis-je vous demander qui a l'honneur d'être le premier ?

- À un esprit féru de précision scientifique, l'oeuvre de M. Bertillon apparaît sans rivale. "

Mais qui est donc ce mystérieux Bertillon ? C'est un anthropologue français qui a réellement existé (1853 - 1914) et qui a mis au point un système afin d'identifier les personnes surtout les criminels en utilisant les empreintes, la couleur des yeux, etc. Doyle se tenait donc à la fine pointe des plus récentes decouvertes ou innovations policières.

On peut également noter que Holmes se targue de pouvoir différencier 75 parfums différents sans parler de la typographie des différents journaux ou de sa fameuse monographie sur la cendre de tabac. Et on apprend par le docteur Watson que Holmes est resté indifférent lorsque celui-ci lui a déclaré que c'était la Terre qui faisait le tour du soleil et non le contraire… On retrouvera ce trait de caractère dans plusieurs des romans. Holmes réserve sa mémoire aux sciences et aux faits qui peuvent l'aider dans son métier. Il rejette ou oublie tout simplement ce qu'il considère comme superflu.

Pour terminer, j'aimerais encore une fois souligné l'impact de Sir Arthur Conan Doyle et de Sherlock Holmes dans notre société actuelle. On retrouve des traces du fameux détective dans tous les médias qui nous entourent. La télévision ne cesse de renouveller le mythe par de nouvelles adaptations des enquêtes du limier de Baker Street. Idem pour le cinéma !!! On peut retrouver des caractéristiques de Holmes dans des personnages comme Monsieur Spock dans la série Star Trek. D'ailleurs, l'androïde Data, dans la série ST : La Nouvelle Génération incarne le fameux détective dans le fameux " holodeck " de l'Enterprise. Un épisode sera entièrement consacré à Holmes et au professeur Moriarty.

Fox Mulder, agent du FBI oeuvrant dans les X Files est un autre élève de Holmes. Et tenter de nommer tous les pastiches litéraires de Holmes serait fastidieux. On pourrait monter un Dossier volumineux juste sur ce sujet. On sait que ce sera l'auteur français, Maurice Leblanc qui sera le premier à utiliser un pastiche de Holmes dans une des aventures de son fameux Arsène Lupin. La suite fait partie de l'Histoire du roman populaire…

Sherlock Holmes et le Chien des Baskerville, souvent imité, jamais égalé. Seul, le temps qui s'écoule inexorablement nous fait oublier l'influence de Doyle sur ses contemporains ou sur les écrivains plus jeunes, plus fous (comme le disait si bien Robert Charlebois…) qui prendront la relève !!!

14 novembre 2001

Johnny Hart